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ALG : Bienfaits et risques d’une prolongation

RACHID BELARBI

En décidant de prolonger Vladimir Petkovic avant la Coupe du monde, la FAF a fait le choix de la continuité. Elle a aussi pris un énorme risque.

Qu’est-ce qui motiverait une fédération à prolonger le contrat de son principal employé avant même le déroulement de la plus importante échéance sportive de la planète ? Et si cela venait à mal tourner ? Et si les objectifs consensuels n’étaient pas atteints ? Quel message est alors destiné à ceux qui sont en froid avec le patron technique prolongé ? Autant de questions qui nourrissent, logiquement, la réflexion d’une partie de l’opinion, plutôt prudente et, à priori, pas très convaincue de la nécessité, à l’heure actuelle, d’une telle démarche qui engage toute une institution sur le moyen terme.

Aux yeux de la FAF, en revanche, c’est un incroyable signe de confiance absolue envers Vladimir Petkovic que cette décision qui va, pourtant, à l’encontre des standards internationaux qui veulent qu’on ne discute jamais d’une suite à donner à un engagement contractuel en amont d’une phase finale, qui plus est de la dimension d’une Coupe du monde.

La confirmation d’un process

Or, en se présentant lui-même devant la presse pour une telle annonce, le président de la FAF Walid Sadi a surtout voulu mettre en relief l’osmose entre les deux parties et rappeler que ce qui les lie, au-delà de la confiance mutuelle affichée au grand jour, est assurément ce «processus» entamé en mars 2024 et que le technicien bosnien se plaît à rappeler à la moindre occasion. Un projet à moyen et long termes que revendique ainsi la Fédération à travers son premier responsable, ce qui n’est, forcément, pas le moindre des engagements. Une garantie, aussi, que la FAF obtienne de la part de l’ancien entraîneur de la Lazio Rome un engagement total et sans faille avant et pendant le Mondial, d’où l’insistance du ministre des sports sur le fait que les deux parties «préparent cette compétition avec sérieux et détermination».

Coup de poker et grosse mise

Savoir que c’est le même mentor qui sera encore au CTN de Sidi-Moussa au retour de la Coupe du monde «instaurera», en parallèle, un climat de sérénité absolue aussi bienfaisant pour les locataires que dissuasif de tout acte de rébellion interne vu ce qui pourrait en découler comme sanctions et décisions dans l’après-compétition. Le vestiaire y gagnera alors forcément en discipline et en vie de groupe. La décision fédérale d’accroître encore davantage le pouvoir du sélectionneur avant même de passer l’été aux USA risque, cependant, de déteindre négativement sur les déçus aussi bien en amont qu’en aval de l’évènement mondial.

Les joueurs en ballotage et qui misent sur leurs performances pour accrocher le dernier wagon et faire partie de la liste des 26 heureux sans pour autant y parvenir ne seront, en ce sens, pas si heureux de voir celui qui les a privés, à leurs yeux, de la Coupe du monde, poursuivre son aventure à la tête de l’EN. Tout autant que le seront les futurs mondialistes qui n’auront pas le temps de jeu voulu ou que les choix de Vladimir Petkovic pour les rencontres face à l’Argentine, l’Autriche et la Jordanie frustreront.

À la Saâdane ou comme Vahid ?

On verrait mal aussi comment des joueurs qui ont participé à la dernière Coupe d’Afrique des Nations au Maroc et qui ne figureront pas dans le groupe concerné par la traversée de l’Atlantique accueilleraient cette prolongation de contrat de leur «mentor-bourreau» avec joie ! Connaissant l’attachement des Algériens à la Coupe du monde et ce qu’a notamment vécu Rabah Saâdane (1986 et 2010) aux lendemains de participations jugées en deçà des attentes, une sortie de route prématurée dès le premier tour risque, en outre, d’installer une ambiance malsaine et un sentiment de défiance de la rue vis-à-vis du sélectionneur et de sa hiérarchie, d’où le grand risque pris par l’institution de Dély Ibrahim.

Un Mondial réussi avec des ingrédients d’épopée si affinités comme l’avait « produit » Vahid Halilhodzic en 2014 aura, en revanche, l’effet inverse et installera le duo Sadi-Petkovic dans la Panthéon de la mémoire collective avec un salut bien particulier pour cette démarche avant-gardiste et forcément ingénieuse.

-RACHID BELARBI

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